L'édition indépendante se rassemble à Hambourg
Reset! network
Depuis 2014, Indiecon Hamburg est devenue une plateforme essentielle pour les éditeurs indépendants du monde entier, mettant en lumière des histoires de courage face aux restrictions et à la guerre. Comment de tels événements soutiennent-ils des communautés créatives diverses, souvent fragiles, et quels défis rencontrent-ils en matière de financement et de visibilité ?
Auteur : Marie-Louise Schlutius
Depuis 2014, Indiecon Hamburg réunit des magazines indépendants, des éditeurs, des artistes et des créateurs de zines du monde entier. Ce qui a commencé comme une expérience par les frères Malte et Urs Spindler est maintenant une plateforme essentielle pour l’édition indépendante. Le co-fondateur Malte Spindler parle davantage du besoin d’échange, des réalités économiques, de l’édition en temps de guerre, et pourquoi certains magazines chinois doivent voyager dans un sac en toile.
Entrée principale d’Indiecon à Oberhafen — © Malte Spindler, brueder coop
Marie-Louise Schlutius : Quels moments à Indiecon vous ont le plus surpris ou touché ?
Malte Spindler : Il y en a beaucoup, mais certains restent avec nous. L’équipe derrière le magazine ukrainien Solomiya, par exemple. Ils nous ont accompagnés tout au long de la guerre. Une partie de l’équipe a pu quitter Kyiv temporairement, mais ils continuent à créer un magazine dans un lieu où la vie quotidienne et la destruction coexistent. Leur reportage et leur travail artistique agissent comme de petites fenêtres sur cette réalité. Cela nous touche profondément, ainsi que de nombreux visiteurs.
Et ce n’est pas un cas isolé. Des projets de pays où l’édition est restreinte nécessitent souvent un courage extraordinaire. Certaines publications de Chine n’existent officiellement pas ; elles ne peuvent pas être vendues, alors elles voyagent cachées dans des sacs en toile qui sont autorisés à être vendus. Lors de foires qui ne se disent pas foires, des liens sont échangés discrètement. On voit à quel point les gens deviennent inventifs quand ils veulent raconter des histoires.
Un autre exemple est Meantime Magazine de Singapour. Ils travaillent très subtilement car les limites de ce qui peut être dit sont étroites. Dans leur premier numéro, il y a une phrase que je n’oublierai jamais : « Peut-être que la chance que nous cherchons est simplement le courage de parler, même lorsque la pièce devient silencieuse. » Cela résume l’essence de ce que font de nombreux éditeurs indépendants — discrets à l’extérieur, immensément courageux à l’intérieur.
MLS : Reculons un peu. Comment a commencé Indiecon en réalité ?
MS : Avant de fonder Indiecon en 2014, mon frère Urs et moi travaillions principalement pour des clients, en créant des magazines, des livres et des projets de communication. Cela fonctionnait bien, mais nous nous sommes finalement demandé ce que ce serait de créer quelque chose qui nous appartient entièrement. Un magazine qui raconte des histoires comme nous voulons qu’elles soient racontées.
C’est alors que la véritable recherche a commencé. Nous voulions comprendre : qui d’autre travaille de manière indépendante, et comment y parviennent-ils ? Nous avons donc commencé à inviter des personnes qui nous inspiraient, des étudiants aux éditeurs expérimentés. Au début, ce n’était que des conversations. Puis, soudain, une centaine de personnes se tenaient dans une villa près de l’Alster, et nous avons organisé notre première conférence auto-organisée.
Vue de la foire — © Malte Spindler, brueder coop
MLS : Quelles tendances observez-vous dans l’édition indépendante aujourd’hui ?
MS: Beaucoup de projets fonctionnent de manière hybride : newsletters, podcasts, abonnements communautaires, petites tirages. La revue imprimée est devenue une sorte de label de qualité. Elle montre que quelqu’un se soucie vraiment de ce qu’il fait. Certains n’impriment que sept cents exemplaires mais ont construit de solides communautés via Substack ou des plateformes similaires. Aujourd’hui, l’impression est souvent l’élément qui maintient tout ensemble, et non celui qui doit financer tout le reste.
Nos tarifs pour les tables à Indiecon sont dégressifs. Pour une table standard, les frais varient de 59 € à 249 €. Les éditeurs peuvent aussi partager une table.[2]
Le financement est le plus grand point de pression pour tout le monde, c’est pourquoi nous subventionnons toutes les tables, sinon beaucoup ne pourraient pas exposer. Et même ainsi, certains ne peuvent toujours pas payer la somme. Lorsqu’une personne écrit qu’elle vient pour la première fois en Europe pour exposer à Indiecon, nous faisons en sorte que cela fonctionne. Ce sont ces personnes qui enrichissent le festival.
MLS : Si quelqu’un voulait lancer un petit festival d’édition aujourd’hui, que lui conseilleriez-vous ?
MS: Commencez aussi petit que possible. Idéalement avec une communauté locale déjà existante. Un jardin, dix tables, quelques personnes curieuses.
Notes
[1] Origine des exposants (chiffres 2025) : 45 % Europe/international, 23 % Hambourg, 32 % autres villes allemandes
[2] Les prix sont les suivants : 59 € (120 × 80 cm) – Tarif subventionné pour les zinesters, étudiants, artistes seuls ou éditeurs indépendants à faibles revenus ; 99 € (120 × 80 cm) – Tarif réduit pour ceux qui débutent ou pour des magazines/collectifs avec un budget serré ; 129 € (120 × 80 cm) – Tarif normal pour les maisons d’édition, entreprises ou sociétés générant des revenus ; 249 € (160 × 80 cm) – Grande table, si plus d’espace est nécessaire pour présenter des publications. Les exposants peuvent déjà demander une table ici.
Publié le 7 avril 2026
À propos de l’auteur :
Marie-Louise Schlutius est une journaliste indépendante née à Nuremberg. Elle a étudié la science politique et l’histoire à Dresde et Berlin. Elle a acquis de l’expérience à l’Institut Goethe à Paris, lors d’un stage à la ZDF à New York, et en travaillant pour le journal Die Zeit à Hambourg. Depuis l’automne 2025, elle travaille au Haus der Kunst à Munich en tant que responsable de la communication numérique, parallèlement à son activité indépendante.