Tu ne croiras pas quels ont été les cinq plus grands mouvements de protestation de l’histoire de la RFA.
Volksverpetzer
Des millions de personnes sont descendues dans la rue en République fédérale d’Allemagne contre l’extrême droite, le racisme et le réarmement, et en faveur de la protection du climat. Que révèlent ces vagues de protestation sur la majorité de la société, et pourquoi les voix de droite semblent-elles souvent plus nombreuses en ligne qu’elles ne le sont réellement ?
Nous avons examiné les cinq plus grands mouvements de protestation de l’histoire de la République fédérale. Résultat : trois d’entre eux ont attiré des millions de personnes dans la rue au cours des sept dernières années seulement. Et trois d’entre eux étaient dirigés contre l’extrême droite et le racisme. Les deux autres contre le réarmement et pour le climat. Les plus grandes manifestations de Pegida ou des « Querdenker », en revanche, n’ont réuni que quelques dizaines de milliers de personnes. Des millions ont manifesté contre l’extrême droite. Pourquoi la « majorité silencieuse » est plus à gauche que beaucoup ne le pensent. Et ce que les extrémistes de droite savent malgré tout mieux faire que nous.
Être bruyant ne signifie pas être majoritaire
Parfois, on a l’impression que, dans ce pays, tout le monde ne fait plus que hurler. Les plus bruyants remplissent les débats télévisés, les espaces de commentaires et votre fil d’actualité, et ils prétendent parler au nom de tous. Ceux qui, au contraire, ne hurlent pas sont vite inaudibles. Et ceux qu’on n’entend pas finissent par croire qu’ils sont peut-être réellement minoritaires. Mais se taire ne signifie pas ne rien faire. Il y a toujours eu des moments où la multitude s’est levée quand c’était nécessaire. Nous nous en souvenons seulement trop rarement. Et nous savons encore moins combien ils étaient réellement. Notamment parce que l’ampleur réelle des foules dans les rues n’est pas rendue proportionnellement dans les médias.
Les sondages sont une chose. Mais pour montrer une autre image, nous avons également comparé les plus grands mouvements de protestation de l’histoire de la République fédérale. La base de comparaison est le nombre de participants. Nous nous intéressons aux vagues de protestation, c’est-à-dire à une période limitée, mais non définie avec précision, autour d’un événement, et non aux protestations permanentes ou aux manifestations annuelles et, en règle générale, pas aux journées de manifestation individuelles. Et nous nous concentrons sur la RFA – sinon la révolution pacifique de 1989 en ferait naturellement partie, mais elle est difficilement comparable aux autres protestations. Je te le promets : après cela, tu ne verras plus de la même façon la question de savoir qui pourrait constituer une majorité dans ce pays.
Mais d’abord, quelques réserves
Avant de commencer : les chiffres des manifestations sont des estimations, et ils divergent souvent largement. Lors de la grande manifestation berlinoise de janvier 2024, la police parlait de « plus de 100 000 » participants, les organisateurs de 350 000. Le chercheur en protestations Jannis Grimm, de l’Université libre de Berlin, est arrivé à 230 000 à 260 000. À Hambourg, l’administration de l’Intérieur a recompté et constaté que la police s’était largement trompée dans sa première estimation. Les chiffres de la police ne sont eux aussi que des estimations.
En 1983 ou en 1992, il n’existait pas encore d’images prises par drone ni de calculs de superficie en ligne, et nous considérons également notre propre comptage des manifestations comme solide, même s’il ne s’agit parfois que d’estimations prudentes et de moyennes. À cela s’ajoute que les personnes ayant participé à plusieurs manifestations au cours d’une même vague de protestation sont naturellement comptées plusieurs fois. Il faut donc prendre ces chiffres comme des ordres de grandeur. Lorsque deux places sont proches l’une de l’autre, le classement pourrait être différent selon les estimations.
Nous avons établi ce classement au mieux de notre conscience, mais l’ordre pourrait parfois être légèrement différent. Ne prenez donc pas le classement exact trop au sérieux. Et il est naturellement possible que nous ayons oublié d’autres protestations dans nos recherches. Nous nous réjouissons de vos indications dans les commentaires !
La rue contre les sondages
Et oui, le fait que beaucoup de personnes soient dans la rue ne signifie pas automatiquement qu’elles constituent la majorité, même si c’est ainsi que nous souhaitons argumenter ici. Les manifestants ne constituent pas un échantillon représentatif de la population. Des chercheurs de l’Université de Constance se sont penchés en 2024 précisément sur la question de savoir si, lors des manifestations contre l’extrême droite, la « majorité silencieuse était dans la rue ». Et oui, les personnes interrogées étaient plus instruites que la moyenne, se situaient plutôt dans la classe moyenne supérieure et se positionnaient politiquement plutôt à gauche du centre.
Pourquoi considérons-nous malgré tout qu’il s’agit d’un argument important ? Parce que les sondages mesurent ce que pensent les gens, et moins ce pour quoi ils acceptent de sacrifier leur samedi par températures négatives. Les sondages confirment d’ailleurs l’image donnée par la rue. Une majorité souhaite que la Cour constitutionnelle fédérale examine l’AfD, environ deux tiers voient en elle un danger pour la démocratie, et une majorité rejette un ministre-président issu de l’AfD.
La querelle sur la question de savoir qui est « le peuple » se joue également dans la rue depuis des décennies. Nous pensons devoir parler aussi de ces protestations (et de leurs proportions), car, comme nous le verrons plus bas, elles fournissent de bonnes indications sur le fait qu’elles déplacent l’humeur du pays et se font même sentir dans les urnes. Et parce que les manifestations de masse sont encore sous-estimées. Car de nombreux éléments montrent qu’elles ont un effet.
5e place : l’automne pacifiste de 1983
La cinquième place de notre classement revient à l’automne pacifiste de 1983. Rien que le 22 octobre, selon les estimations, environ 1,3 million de personnes manifestent en différents endroits de la République fédérale. Cela comprend une chaîne humaine entre Stuttgart et Neu-Ulm, à laquelle participent entre 200 000 et 400 000 personnes.
Une décision que beaucoup au SPD ne voulaient pas
De quoi s’agissait-il ? De la double décision de l’OTAN de 1979. L’OTAN voulait d’abord négocier avec l’Union soviétique au sujet de ses missiles SS-20 et, en cas d’échec des négociations, stationner à partir de 1983 ses propres missiles à moyenne portée en Europe occidentale, notamment en RFA. Le principal moteur de cette politique était le chancelier Helmut Schmidt (SPD), contre la volonté de nombreux membres de son propre parti. En 1982, Schmidt est remplacé par Helmut Kohl grâce à la seule motion de défiance constructive couronnée de succès jusqu’alors. Le mouvement pacifiste est depuis longtemps dans la rue : dès 1981, Bonn avait connu la plus grande manifestation de la RFA jusque-là, avec 300 000 participants.
Et c’est ici qu’intervient le FDP, alors représenté par Helmut Schäfer, qui critiquait le mouvement pacifiste comme un « courant irrationnel » et qualifiait son neutralisme de « tout simplement grotesque ». Le 22 novembre 1983, le Bundestag vote en faveur du stationnement avec les voix de la CDU/CSU et du FDP. La principale revendication de l’automne pacifiste n’est donc pas satisfaite.
Les missiles sont arrivés, la guerre froide est partie
Immédiatement après la décision, il ne reste d’abord rien, si ce n’est la frustration. La même année, les États-Unis commencent à stationner des missiles Pershing II sur le sol allemand, l’Union soviétique abandonne les négociations de Genève et le mouvement pacifiste a échoué.
Et pourtant : en 1987, Reagan et Gorbatchev signent le traité INF, qui doit supprimer tous les missiles terrestres à moyenne portée, c’est-à-dire précisément les armes contre lesquelles des centaines de milliers de personnes étaient descendues dans la rue. Il est impossible de prouver dans quelle mesure le mouvement pacifiste y a contribué. Des historiens affirment toutefois que les critiques de la société civile ont alors « non seulement impressionné les gouvernements, mais aussi influencé leur politique ». En revanche, il est établi que les Verts entrent pour la première fois au Bundestag lors des élections législatives de 1983, avec 5,6 % des voix : ce fut la percée politique du parti. Sans les manifestations pacifistes, cela ne serait peut-être jamais arrivé.
4e place : manifestations contre l’extrême droite en 2025
Pour la quatrième place, remontons le moins loin dans le passé : aux manifestations contre l’extrême droite de janvier et février 2025, avant les élections législatives. Selon notre propre comptage, près de 1,9 million de personnes sont descendues dans la rue au cours de ces semaines, lors de plus de 730 manifestations.