L’hydrogène vert « néocolonial » de l’Europe pourrait maintenir en vie le plus gros pollueur de Tunisie

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L’hydrogène vert « néocolonial » de l’Europe pourrait maintenir en vie le plus gros pollueur de Tunisie

La Tunisie prévoit de devenir un fournisseur majeur d’hydrogène zéro émission pour l’Europe, avec l’aide de l’Allemagne. Une grande partie de cet hydrogène serait produite à Gabès, où une usine publique de phosphate a empoisonné l’air, la mer et les terres pendant un demi-siècle. Une partie de cet hydrogène « propre » servirait à maintenir l’usine en activité.

Sur les murs de Gabès, dans le sud de la Tunisie, des graffitis dénoncent la pollution. « Ils ont été peints par des groupes d’ultras locaux lorsqu’ils ont appris les implications de la nouvelle stratégie tunisienne en matière d’hydrogène vert pour les habitants de Gabès », explique Islem Zrelli, un jeune militant écologiste local.

En 2024, le ministère tunisien de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie a lancé sa Stratégie nationale pour le développement de l’hydrogène vert et de ses dérivés, élaborée avec l’agence allemande de développement GIZ. L’objectif était de faire de la Tunisie un producteur et un exportateur majeur : 8,3 millions de tonnes d’hydrogène vert par an d’ici 2050, dont environ 6 millions pour l’Europe, ce qui nécessiterait 100 GW d’énergie renouvelable.

Une grande partie de cet hydrogène serait produite à Gabès. Et une partie serait destinée à l’usine que les habitants ont tenté de faire fermer pendant des décennies.

Gabès : cinquante ans de pollution

L’odeur des cheminées accueille chaque visiteur qui entre à Gabès, une ville située dans ce qui est souvent décrit comme le seul oasis désertique côtier de la Méditerranée. 

Depuis plus de cinquante ans, la ville vit aux côtés du Groupe Chimique Tunisien (GCT), une entreprise publique qui transforme les phosphates extraits dans la région voisine de Gafsa en engrais et en acide phosphorique.

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Les habitants l’appellent le Tchernobyl tunisien : la mer est trop polluée pour y pêcher et la terre est trop sèche pour y cultiver des aliments à cause de la pollution du GCT. Malgré l’absence d’études épidémiologiques systématiques dans la région, des cas de maladies respiratoires graves à Gabès ont été associés à la pollution au dioxyde de soufre et aux PM10.

« Il fut un temps où les cas d’étouffement dans les écoles étaient si fréquents que les ambulances coupaient leurs sirènes pour cacher ce qui se passait », se souvient Islem Zrelli, un militant écologiste local de Stop Pollution, un mouvement qui milite depuis 2012 pour le droit à un environnement propre et sain. « Les enfants sont les victimes les plus vulnérables de la pollution du GCT ! »

Depuis la terrasse sur le toit de sa maison, dans le quartier de Chott Essalem, l’usine délabrée du GCT et ses panaches de fumée sont parfaitement visibles. « Des nuages de polluants chimiques sont rejetés dans l’air jour et nuit depuis 50 ans et une rivière de déchets toxiques se déverse dans la mer », dit-il. « Nous ne pouvons pas boire l’eau du robinet, nous ne pouvons pas aller à la plage parce qu’elle est couverte de phosphogypsum, un polluant radioactif. Regardez la mer, elle est noire ! Vous n’imaginez pas à quelle fréquence je trouve des animaux morts sur le rivage. »

Une étude récente a constaté que des stocks de bentogypsum, un nouveau sous-produit de la purification de l’acide phosphorique, entreposés à ciel ouvert derrière les murs de confinement décrépits du GCT, se répandent largement, faisant peser de graves risques sanitaires.

Une bouée de sauvetage verte pour un pollueur

Malgré les preuves, le gouvernement tunisien a peu agi. Au contraire, la nouvelle stratégie en matière d’hydrogène vert prévoit d’utiliser une grande part de l’hydrogène vert du pays pour décarboner le Groupe Chimique Tunisien, prolongeant ainsi sa durée de vie.

L’un des trois piliers de la stratégie pour l’usage domestique est un projet pilote au sein du site du GCT à Gabès, conseillé par la GIZ, afin de produire environ 630 tonnes d’ammoniac vert par an.

En 2025, un conseil ministériel restreint est allé plus loin et a discrètement annulé un ordre de démanteler les unités du GCT datant de 2017, doublé les objectifs de transformation des phosphates, lancé la production d’hydrogène vert et d’ammoniac vert sur le site de Gabès, et retiré le phosphogypse de la liste des substances dangereuses, ouvrant la voie à sa commercialisation.

Chaque tonne d’acide phosphorique produite génère entre quatre et cinq tonnes de phosphogypse, selon une étude de 2021 sur la perte de biodiversité en Tunisie réalisée par le cabinet Oréade-Brèche. Au cours des 25 dernières années, environ 70 millions de tonnes ont été déversées dans le golfe de Gabès, contaminant les sédiments sur quelque 60 kilomètres carrés.

Kheireddine Debaya, de Stop Pollution. | Photo : ©Francesco Torri
Kheireddine Debaya, de Stop Pollution. | Photo : ©Francesco Torri

« Après tous les dégâts qu’ils ont causés ici, les voilà maintenant qui arrivent avec l’hydrogène vert, sans consulter la population, sans demander ce que nous en pensons », déclare Kheireddine Debaya, l’un des dirigeants de Stop Pollution. « Nous ne voulons pas que le GCT devienne vert. Nous voulons qu’il ferme. » Debaya est jugé après que le GCT l’a accusé d’entraver son droit de travailler ; il risque un an de prison.

La fermeture du GCT était la revendication des 130 000 personnes qui ont défilé dans Gabès en octobre 2025, lors de ce que les organisateurs décrivent comme la plus grande manifestation pour la justice environnementale de l’histoire de l’Afrique du Nord. La police a réprimé durement le mouvement.

Mohamed Ali Cherif, un jeune rappeur de Gabès dont les chansons dénoncent la pollution, a perdu un œil après avoir été touché par une balle en caoutchouc tirée par la police pendant la manifestation. Beaucoup d’autres personnes ont été blessées et les dirigeants du mouvement ont été poursuivis.

La manifestation du 24 avril 2026 devant le bureau de la GIZ, à Gabès. | Photo : XXX
La manifestation d’octobre 2025 devant l’usine du GCT, à Gabès. | Photo : ©Islem Zrelli

Pourquoi l’Europe veut de l’hydrogène vert tunisien

L’hydrogène prévu pour Gabès est destiné avant tout à l’Europe : depuis 2020, l’Allemagne dirige les efforts de l’UE pour élaborer le cadre juridique et financier qui fait de l’hydrogène vert un pilier de la transition énergétique européenne. 

Cette année-là, le gouvernement allemand a réservé 7 milliards d’euros pour commercialiser la technologie de l’hydrogène et 2 milliards d’euros pour les partenariats internationaux dans ce domaine. En 2021, il a créé la fondation H2Global afin d’organiser les importations d’hydrogène provenant de pays extérieurs à l’UE pour l’industrie allemande.

Après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en 2022, l’hydrogène est devenu central dans le plan « RepowerEU » de la Commission européenne visant à diversifier l’approvisionnement énergétique du continent et sa dépendance au gaz russe. Le plan a ajouté un objectif d’importation de 10 millions de tonnes d’hydrogène renouvelable d’ici 2030, en plus des 10 millions de tonnes produites au sein de l’UE.

La Tunisie est rapidement apparue comme un partenaire clé en raison de sa proximité géographique, de ses infrastructures de pipelines existantes et de son vaste potentiel inexploité en matière d’énergie solaire et éolienne pour la production d’hydrogène vert. En décembre 2020, l’Allemagne a signé avec Tunis un protocole d’accord pour une alliance Power-to-X avec la Tunisie, et de 2022 à 2025, la GIZ a mené un projet de 6 millions d’euros intitulé « Promouvoir une économie de l’hydrogène vert en Tunisie ».

Une unité du Groupe Chimique Tunisien vue depuis le quartier de Chott Essalam. | Photo : Islem Zrelli
Une unité du Groupe Chimique Tunisien vue depuis le quartier de Chott Essalam. | Photo : Islem Zrelli

L’objectif de Berlin est énoncé dans la justification officielle de son aide au développement pour 2024, enregistrée dans le Système de notification des créanciers de l’OCDE : « promouvoir une stratégie nationale de l’hydrogène, établissant ainsi le cadre stratégique et réglementaire nécessaire et améliorant les conditions politiques pour une économie de l’hydrogène vert. Le projet optimise également les conditions d’investissement du secteur privé. »

Dans le cadre de la stratégie, une grande partie de l’hydrogène sera expédiée vers l’Europe via le corridor SouthH2, un pipeline dédié de 3 300 km reliant l’Algérie à l’Allemagne via la Tunisie et l’Italie. L’UE a inscrit ce pipeline sur la liste des projets d’intérêt commun (PIC), un statut qui accélère les autorisations et donne un accès prioritaire aux financements européens.

Une stratégie néocoloniale ?

Le 24 avril 2024, à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le colonialisme, un groupe de militants et de syndicalistes s’est rassemblé devant les bureaux de la GIZ à Tunis. Ils brandissaient des banderoles appelant à « stopper le néocolonialisme ».

Saber Ammar, militant et chercheur au Transnational Institute. | Photo : ©Francesco Torri
Saber Ammar, militant et chercheur au Transnational Institute. | Photo : ©Francesco Torri

« Nous nous opposons à l’agenda de l’hydrogène vert parce que nous y voyons un colonialisme énergétique. Il sert les besoins de l’Allemagne, de l’Europe, du cœur industriel, tout en négligeant les nôtres, ceux des Tunisiens, de la périphérie, d’un pays du Sud global », affirme Saber Ammar, ingénieur et chercheur au Transnational Institute (TNI). « La GIZ, au nom de l’Allemagne et de l’UE, interfère avec nos priorités. L’hydrogène vert n’est pas la priorité des Tunisiens. »

Ce qu’Ammar, l’un des organisateurs de la protestation d’avril 2024 devant la GIZ, ne comprend pas, c’est pourquoi un pays dépendant de l’énergie miserait sur les exportations. La Tunisie importe environ 90 % de son gaz d’Algérie et affiche un déficit énergétique de 3,8 milliards de dollars.

« L’Allemagne a commencé à préparer le terrain pour ce type de partenariat de privatisation énergétique axé sur les exportations dès 2015, lorsque le gouvernement tunisien a adopté une loi, élaborée avec l’aide de la GIZ, qui autorisait les acteurs privés à produire de l’énergie renouvelable et à l’exporter », affirme Ilyes Ben Ammar (sans lien de parenté avec Saber Ammar), responsable syndical à la STEG, la compagnie tunisienne publique d’électricité et de gaz. « Pour chaque étranger qui exporte de l’électricité vers l’Allemagne ou l’Italie, il y a un Tunisien qui n’a pas d’électricité et un besoin national qui n’est pas satisfait », ajoute-t-il.


« Nous nous opposons à l’agenda de l’hydrogène vert parce que nous y voyons un colonialisme énergétique. Il sert les besoins de l’Allemagne, de l’Europe, du cœur industriel, tout en négligeant les nôtres, ceux des Tunisiens » – Saber Ammar, Transnational Institute


Les syndicalistes voient la stratégie de 2024 comme l’étape suivante dans cette direction. La stratégie a été mise en œuvre par le ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie en étroite collaboration avec la GIZ Tunisie « au nom du ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ) », comme l’indique le document stratégique lui-même. Pour les syndicats, il s’agit d’un pas supplémentaire vers la privatisation du secteur énergétique tunisien : coûteuse, guidée par le profit et non conçue pour répondre aux besoins du peuple tunisien. 

Fadel Kaboub, président du Global Institute for Sustainable Prosperity et professeur associé d’économie à l’université Denison, estime que la stratégie, souvent présentée comme gagnant-gagnant, enfermerait la Tunisie au bas de la chaîne de valeur : exporter un produit à faible valeur ajoutée tout en cédant ses terres et son eau.

« C’est de l’extractivisme vert », affirme Kaboub. « C’est une conception économique coloniale. La décarbonation sans décolonisation ne permettra ni le développement ni la prospérité. Elle n’apportera pas la justice. »

Dr Hanen Keskes, responsable des campagnes chez Greenpeace Moyen-Orient et Afrique du Nord. | Photo : ©Francesco Torri
Dr Hanen Keskes, responsable des campagnes chez Greenpeace Moyen-Orient et Afrique du Nord. | Photo : ©Francesco Torri

La Dre Hanen Keskes, responsable des campagnes chez Greenpeace Moyen-Orient et Afrique du Nord, avertit que la stratégie ne prévoit aucun transfert de technologie. L’hydrogène vert étant très capitalistique, il risque de pousser la Tunisie vers un nouveau piège de la dette, puisque les infrastructures devraient être financées par des prêts de bailleurs internationaux et d’investisseurs étrangers.

« C’est tout un écosystème qui rappelle énormément le système des combustibles fossiles », affirme la Dre Keskes. « Il ne nous permettra pas de créer de valeur pour notre propre économie au-delà de l’exportation à faible valeur ajoutée de matières premières. Aucune technologie ne nous est transférée ; nous ne fabriquons aucun des composants. Nous permettons en réalité que la chaîne de valeur soit construite ailleurs, en Europe, tandis que nous nous contentons d’exporter nos ressources brutes et épuisables. C’est pourquoi le système est inégal. »

Peu d’emplois, moins d’eau

La stratégie promet plus de 400 000 emplois. Les critiques jugent ces chiffres largement optimistes. Des études récentes et l’expérience dans le domaine des énergies renouvelables montrent que la plupart des emplois sont créés pendant la phase de construction, qui nécessite beaucoup de main-d’œuvre, mais reste temporaire. Il ne subsiste ensuite qu’un nombre bien plus réduit d’emplois techniques hautement qualifiés dans la supervision et la maintenance des projets. 

Le projet pilote de Gabès fonctionnerait avec seulement 8 MW d’énergie renouvelable, ce qui est insuffisant pour avoir un impact dans une région où le chômage dépasse 26 % et reste encore plus élevé chez les jeunes. Même un rapport de 2021 de la GIZ et du ministère tunisien de l’Énergie admet que la création d’emplois et de valeur en Tunisie serait « limitée ». 

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Ces gains modestes ont un coût élevé : la Tunisie est aride et frappée par la sécheresse, tandis que la production d’hydrogène est très gourmande en eau : il faut au moins 9 kg d’eau douce pour produire 1 kg d’hydrogène vert.

Le plan repose sur le dessalement de l’eau de mer. Le dessalement produit de la saumure, un sous-produit très salé, qui serait rejeté dans le golfe de Gabès. La saumure augmente la salinité de l’eau et peut nuire à la vie marine sur les fonds marins, menaçant davantage encore les pêcheries de la région. 

L’Europe a-t-elle vraiment besoin d’hydrogène ?

Du point de vue européen, le principal problème est la faiblesse de la demande.

« L’hydrogène vert ne stagne pas seulement en Tunisie : il stagne partout », a déclaré Julian Reul de H2global, un mécanisme allemand de financement fondé sur le marché et conçu pour accélérer la production et l’adoption mondiales de l’hydrogène vert et de ses dérivés. « La raison en est le manque de demande et d’accords d’achat stables à long terme. C’est ce qu’il faut pour obtenir un financement bancaire, rendre le projet finançable et parvenir aux décisions finales d’investissement. »

L’UE utilise aujourd’hui très peu d’hydrogène, principalement dans le raffinage du pétrole et l’industrie des engrais, ainsi que, dans une moindre mesure, dans les plastiques. Ce sont les secteurs qui devraient continuer à soutenir la demande, les usages dits « sans regret », pour lesquels l’hydrogène vert est la seule source réaliste de décarbonation.

Ailleurs, la demande progresse lentement.

« Le secteur des transports, en particulier l’aviation et le transport maritime longue distance, pourrait adopter l’hydrogène à court terme si la loi l’impose », explique James Kneebone, qui étudie les politiques européennes en matière d’hydrogène propre et la décarbonation industrielle. « Mais les volumes concernés ne seront probablement pas suffisants pour justifier l’importation et le commerce international de l’hydrogène vert. »


« L’hydrogène vert ne stagne pas seulement en Tunisie : il stagne partout » – Julian Reul, H2global


Avec une demande plus faible, il pourrait être moins coûteux pour l’Europe de produire chez elle ce dont elle a besoin plutôt que de l’importer. Une production moins chère à l’étranger serait annulée par les coûts de conversion, de transport et de manutention de l’hydrogène.

L’hydrogène, la plus petite de toutes les molécules, fuit facilement et rend les tuyaux en acier cassants. Son transport nécessite des pipelines, des installations de stockage et des terminaux spécialisés, ce qui augmente son coût. L’hydrogène vert peine également à concurrencer en matière de prix les hydrogènes gris et bleu, produits à partir de gaz fossile, qui bénéficient de décennies de production établie.

« C’est tout simplement trop cher », affirme Pascoe Sabido de Corporate Europe Observatory (CEO), un observatoire bruxellois des lobbies. « L’hydrogène vert ne sera jamais compétitif sans subventions publiques, et les bénéficiaires seront une poignée de grandes entreprises. »

Dans une lettre ouverte adressée à la Commission européenne en 2025, 144 organisations de la société civile, dont CEO, ont appelé à une transition énergétique qui ne repose pas sur ce qu’elles décrivent comme une extraction néocoloniale à l’étranger. Elles affirment que les projets d’importation d’hydrogène nuisent aux communautés où ils sont construits et que les investissements actuels pourraient finir par renforcer les combustibles fossiles : si l’hydrogène vert s’avère non rentable, les nouvelles infrastructures pourraient être reconverties pour l’hydrogène fossile et le gaz naturel sous une étiquette verte.

À l’arrêt

Aujourd’hui, le marché de l’hydrogène vert en Tunisie est à l’arrêt. En 2024, des multinationales de l’énergie ont signé six protocoles d’accord pour une valeur estimée à 120 milliards d’euros. Peu de choses se sont produites depuis.

Saber Ammar considère l’opposition locale comme l’une des principales raisons. 

« Grâce à notre plaidoyer et à notre mobilisation, nous avons réussi à bloquer le cadre juridique au Parlement. Nous avons convaincu certains députés de l’abandonner », affirme Ammar. « Dans un discours prononcé le 1er octobre 2025, le président a parlé de l’hydrogène vert et a dit que les jeunes le rejetaient. Il parlait de nous ! »

Un graffiti réalisé par des groupes de supporters de football de Gabès pour dénoncer la grave pollution causée par le GCT. | Photo : ©Francesco Torri
Un graffiti réalisé par des groupes de supporters de football de Gabès pour dénoncer la grave pollution causée par le GCT. | Photo : ©Francesco Torri

Nous avons demandé à plusieurs reprises à la GIZ un entretien sur l’état de la stratégie de développement de l’hydrogène vert. La porte-parole de la GIZ, Tanja Stumpff, nous a envoyé cette déclaration :

« La Tunisie entend exploiter le potentiel des technologies vertes du futur et produire de l’hydrogène vert à partir de l’énergie éolienne et solaire. Jusqu’en 2025, la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) GmbH a soutenu des partenaires tunisiens, au nom du ministère fédéral de la Coopération économique et du Développement (BMZ), par des services de conseil, de l’expertise et des formations. Entre autres, la GIZ a conseillé le ministère tunisien de l’Énergie sur l’élaboration des conditions-cadres d’une économie de l’hydrogène vert. »

À Tunis, la voie à suivre n’est pas claire. La société civile veut que la justice soit la référence de toute stratégie en matière d’hydrogène. Au printemps 2026, le président a limogé le ministre de l’Énergie quelques jours avant un vote clé sur les concessions d’énergies renouvelables. Ni le gouvernement ni la GIZ n’ont encore soumis la décision aux habitants de Gabès. À Gabès, les graffitis sont toujours sur les murs. Pendant ce temps, le GCT a reçu pour instruction de doubler sa production.

🤝 Ce projet a été financé par le Centre européen de journalisme, dans le cadre des subventions allemandes d’aide publique au développement officielles – un programme soutenu par la Fondation Gates.